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Hommage à Christian Bourgois : un grand de l’Edition nous a quitté

bourgois

Christian Bourgois, l’éditeur français de J.R.R. Tolkien nous a quitté dans la nuit de mercredi à jeudi, à l’âge de 74 ans. Fondateur des editions éponymes en 1966, il avait aussi dirigé les éditions Julliard au début des années 1960 et la collection « 10/18 » de 1968 à 1992. Editeur de la « Beat génération » (Allen Ginsberg ou William Burroughs, et de Jim Harrison), Christian Bourgois a « développé un des catalogues les plus dynamiques en littérature étrangère » à travers sa maison d’édition, a expliqué à l’AP son frère, estimant qu’il a joué le rôle d’un « passeur des cultures étrangères ».

Né en 1933 à Antibes (Alpes-Maritimes), cet ancien diplômé de Sciences-Po (et camarade de promo de Jacques Chirac) avait quitté la prestigieuse ENA pour travailler avec l’éditeur René Julliard. « J’étais convaincu, a-t-il expliqué par la suite, que je n’avais rien à attendre de cette école infréquentable. » L’un de ses premiers grands succès fut la publication de La Guerre d’Algérie de Jules Roy.

Il fonda sa propre maison d’édition en 1966 à l’intérieur du groupe des Presses de la Cité et publia les premiers titres de Burroughs et Ginsberg. Sur les conseils de Bergier, il acquit les droits du Seigneur des Anneaux et en confia la traduction à Francis Ledoux qui avait déjà traduit Le Hobbit. On notera qu’il publia Tolkien sans même l’avoir lu, comme un certain nombre d’autres titres, se fiant à son flair et aux conseils avisés de ses amis, de traducteurs, de lecteurs ou de sa femme Dominique. Avec le premier tome du Seigneur des Anneaux, il reçut le Prix du Meilleur livre étranger en 1973.

« Je ne me suis jamais demandé ce que les lecteurs avaient envie de lire, expliquait-il dans un entretien au Monde, en novembre 2005, à l’occasion de l’exposition que le Centre Georges-Pompidou lui avait alors consacrée. Je ne le sais pas et ça ne m’intéresse pas. Leurs goûts, je ne les connais pas, c’est donc très risqué, tandis que les miens, oui. » disait cet éditeur qui faisait ses choses sans comité de lecture et publia avec succès de nombreux auteurs, comme Tolkien ou Boris Vian. On appréciera aussi ses rééditions de grands auteurs disparus, comme London, Stevenson, Mirbeau, Schwob. Il publia également presque tous les auteurs de la « Beat Generation » dont Burroughs, auteur du Festin Nu.

« Je ne suis pas un éditeur d’avant-garde ni un éditeur militant. Mais mon action a consisté à faire entendre des voix qu’on n’attendait pas forcément et à ouvrir des voies qui pouvaient sembler mener à des impasses ». C’est ainsi qu’il permit aux lecteurs français de découvrir ces nombreux auteurs, pour la plupart étrangers (Jim Harrison, Pierre Boulez, Antonio Tabucchi, Toni Morrison, Virginia Woolf, Salman Rushdie, Ernst Jünger, John Fante, Manuel Vazquez Montalban, William Burroughs, Allen Ginsberg, Fernando Pessoa, Susan Sontag, Antonio Lobo Antunes, Linda Lê, Hanif Kureishi ou encore Witold Gombrowicz) et oeuvra à ouvrir les frontières de la culture. Il publia aussi les Versets sataniques de Salman Rushdie, condamné à mort en 1989 par une fatwa, quand de nombreux éditeurs hésitaient à le publier.

La ministre de la culture Christine Albanel a rendu hommage à celui qu’elle décrit comme« un seigneur de l’édition » : « le ‘style Bourgois’ était fait d’élégance et de lucidité, de distance et de curiosité. C’était un homme de goût, classique dans son allure, dans son tempérament, mais aussi résolument moderne dans ses choix et ses intuitions éditoriales ». « Je tiens à saluer cet homme de culture, grand humaniste, un merveilleux passeur auquel une magnifique exposition à Beaubourg en 2006, avait rendu l’hommage mérité de plusieurs générations d’auteurs et de lecteurs », souligne-t-elle dans un communiqué.

« Je ne m’intéresse pas aux livres, avait-il même déclaré par manière de provocation, dans un entretien au Monde. Je m’intéresse aux auteurs (…) L’attention régulière que l’on porte aux auteurs est quelque chose d’absolument essentiel. » Et ceux-ci lui rendaient bien cette attention par leur fidélité et leur amitié. « Editer, c’est s’inscrire dans la durée, tisser avec ses auteurs des liens d’affection, presque de famille », disait Christian Bourgois qui reconnaissait n’avoir jamais eu la vocation d’écrire. « Si j’ai fait oeuvre, c’est d’avoir réuni toutes ces oeuvres », estimait-t-il en référence aux auteurs qu’il a publiés

A propos du métier d’éditeur, il disait aussi « Un éditeur doit vivre dans un climat d’échec permanent, avec des auteurs qui n’écrivent pas ce qu’ils auraient voulu et des livres qui ne reçoivent pas l’accueil souhaité. »

En 1992, toujours en désaccord avec les Presses de la Cité, il s’était installé  à son propre nom, indépendant, avec sa femme Dominique et poursuivait ses activités d’éditeur, publiant les volumes I à V de l’Histoire de la Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien et bien d’autres titres.  En janvier 2006, le Centre Pompidou lui avait rendu hommage à l’occasion du 40e anniversaire de sa maison d’édition.
Il lisait encore des manuscrits quelques jours avant de s’éteindre à l’hopîtal Saint-Antoine à Paris, le 20 décembre 2007.

Il a également présidé l’Institut Mémoire de l’Édition Contemporaine (IMEC), le Syndicat National de l’Édition (SNE) et la Commission d’avance sur recette du Centre National du Cinéma (CNC).

Sa disparition est une grande perte pour la France et pour la Culture. Nous adressons nos plus sincères condoléances à ses proches et à ses amis.

Sources :

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